Grindadráp
- 7 juin 2025
- 3 min de lecture
Caryl Ferey
« Sauver ce qui reste des océans, c’est plus ambitieux que de gagner le droit de crever le plus riche du cimetière. »
Gab est apnéiste. Il s’est découvert cette passion après un été passé à être gardien de nuit au Marineland d’Antibes, au contact des cétacés. En perdition à cette époque, il a décidé qu’il appartenait à l’eau autant qu’elle lui appartenait. A 30 ans, il ne fait pas grand chose et s’engage auprès de Sea Sheperd France, sur un bateau poursuivant un navire de pêche sauvage. Alors que le Mogwai arrive à intercepter les pirates du Skeid et à les immobiliser, un terrible tempête s’abat sur l’océan Atlantique. Les écologistes, bravant l’ouragan, réussissent à accoster au port de Torshavn, dans les îles Féroé. Là aussi la météo a été terrible, multipliant le carnage lié au Grind, cette pêche traditionnelle consistant à chasser les mammifères marins afin de nourrir la population locale. Sauf que cette pêche n’est plus indispensable pour autre chose que le folklore et les affaires de la pêcherie. Ici, c’est le premier employeur, l’entreprise la plus importante de l’archipel, et le second du dirigeant n’est autre que le ministre de la pêche.
Le Grindadráp vient d’avoir lieu donc. Et au milieu des centaines de cadavres d' animaux, Soren, le flic local, trouve le corps sans vie du Grindforeman, Bent Hansen. La mort est suspecte, mais étant données les conditions météo, impossible de faire quoique ce soit pour le moment. C’est en plein milieu du désastre météorologique qu’arrive le Mogwai, avec seulement deux rescapés : Gab et Ayleen, la capitaine Irlandaise. Pris en charge par Eirika, la voisine journaliste de Soren, ils vont être mêlés de plus en plus près à ce qui va ressembler, jour après jour, à une hécatombe.
Dans le huis-clos de l’archipel des Féroés, les cadavres se retrouvent les uns après les autres et les écologistes, la reporter et le policier vont se sentir de plus en plus seuls face à la masse des congrégationnistes qui voient tous les évènements comme la preuve que des forces diaboliques s'abattent sur eux… qui s’abattent eux-mêmes sur les animaux marins, sans aucune considération.
« Le climat et le temps forment une énergie commune; il n'y a pas de rupture d'identité entre la pierre, l'ours, la fleur de coton et l'homme, il n'y a qu'une circulation du monde. »
Caryl Ferey a, pendant longtemps, tenu son rang dans la catégorie “maîtres du polar”. On se souvient particulièrement de Zulu ou de Mapuche. Mais ce qui est particulièrement fort chez l’écrivain, c’est sa capacité à nous plonger dans des environnements méconnus et à nous confronter à de réelles problématiques humanitaires et écologiques.
La pollution de “Lëd”, la réserve naturelle d’”Okavango” et maintenant l’avenir des océans (et donc de la planète) avec la tradition du Grindadráp. On est submergés par la violence des faits contre les animaux, les intérêts humains et économiques qui surpassent ceux des fonds marins et des animaux qui assurent pourtant l’équilibre de la vie. Et puis on sent une revendication particulière : redorer le blason de l’association Sea Shepperd, bien souvent considérée, à tort, comme un rassemblement d’éco-terroristes, qui sont souvent de jeunes personnes se battant pour la survie des océans et de leurs habitants.
Malgré quelques digressions de l’ordre du mystique qui m’ont un peu perturbée, pour ne pas dire carrément dérangée sur les 60 dernières pages, j’ai été complètement happée par ce polar en huis-clos sur l’archipel isolé de l’Atlantique Nord. L’auteur connaît l’environnement et ses coutumes et sa maîtrise se ressent, donnant au polar une densité et une intensité plus authentiques encore. Certes, c’est mauvais pour le tourisme des îles Féroé, mais c’est nécessaire pour une prise de conscience individuelle et collective concernant le commerce de poisson et les conditions de production, de pêche, de distribution.
Je peux conclure en disant que même déçue par la fin (qui appelle du coup une suite, de mon point du vue du moins), j’ai passé un très bon moment car j’ai énormément appris, en plus de frissonner et de trembler pour tous mes amis des mers.
Suite au prochain épisode ?
« La nature ne se venge pas, elle réagit à nos inconséquences... »


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