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Le douzième chapitre

  • 24 juin 2025
  • 3 min de lecture

Jérôme Loubry


« Laisse-moi être l’écrivain, laisse-moi me glisser dans ta peau et utiliser ton “personnage”. »

Vendée, 2017. David est un auteur de polars à succès. Il vit avec sa femme dans une maison luxueuse, au bord de la mer. Il trouve dans cette demeure d’architecte et cet environnement marin l’inspiration nécessaire à la création et à la réussite. Un jour cependant, tout bascule. Il trouve dans sa boîte aux lettres une enveloppe contenant un manuscrit. Aucune indication concernant l’expéditeur. Mais ce que ces pages racontent, c’est l’histoire de David, l’histoire de ce qu’il s’est passé en août 1986. A cette époque, l’écrivain n’avait que 12 ans. Avec son meilleur ami Samuel, aujourd’hui son agent, il passait ses dernières vacances à la résidence des Mouettes, à Saint-Hilaire de Riez. Cet ensemble de petites maisons était la propriété de Vermont Sidérurgie, l’usine embauchant de nombreuses personnes. Mais l’usine est en souffrance, sur le point de fermer à cause de la crise et plusieurs centaines de personnes vont perdre leur emploi. Les salariés sont en colère, le Patron, un homme dévoué, bienveillant et veuf depuis peu est désemparé. 

Pendant ce dernier été, David et Samuel vont faire la connaissance de Julie, une enfant blonde et lumineuse comme le soleil, qui va très vite devenir leur amie. Mais dans le village de Vendée, une enquête est en cours pour retrouver une autre petite fille qui a disparu mystérieusement. Entre la colère des futurs chômeurs et l’enquête pour retrouver Emilie, David, Samuel et Julie se créent des souvenirs, tentent de profiter au maximum de leurs vacances. Jusqu’à ce que tout s’arrête violemment et subitement. 

Ainsi, 31 ans plus tard, alors qu’un homme est sur le point de sortir de prison, l’écrivain, son ami d’enfance et un ancien gendarme de St Hilaire reçoivent ces manuscrits, identiques, à l’exception du douzième chapitre. C’est dans ces épilogues différents que se trouvent sans doute les réponses aux questions restées en suspens : la mort d’Emilie, la colère des employés, la présence de fantômes dans leurs souvenirs douloureux de l’enfance…


« Les hommes naissent-ils fous ou le deviennent-ils avec le temps et les épreuves ? »

Jérôme Loubry et moi, c’est déjà une longue histoire qui dure depuis cinq romans. A chaque fois, un nouveau voyage, de nouvelles découvertes, de nouveaux frissons. J’avoue que je partais un peu avec appréhension puisque la Vendée et moi ne sommes pas très copines, mais force a été de constater que le lieu, ici, importe peu, contrairement aux polars se tenant à Haïti ou Détroit. 

Dire que j’ai passé un bon moment est un doux euphémisme. J’ai aimé cette alternance entre le présent et le passé, ce dernier hantant toujours les personnages, malgré tous leurs efforts pour lui échapper. Impossible de faire abstraction de ces premières morts, qu’elles soient concrètes comme celles d’Emilie ou de la femme de Monsieur Vermont ou abstraites, telles celles de l’innocence et des illusions. J’avoue m’être doutée d’un élément primordial de l’intrigue, que nous appellerons “l’arrivée”, mais que j’ai été surprise par le chemin emprunté, tant Loubry réussit à semer son lecteur et à nous emmener là où on ne s’y attendait pas. De mon point de vue, cet opus est sans doute un des meilleurs de ceux que j’ai lus, très bien construit, très bien pensé. Alterner entre l’enfant qu’a été David et l’adulte qu’il est devenu, rongé inconsciemment par les fantômes de ce qu’il a vécu et subi, par ce qu’il fera de ce qu’il est en train de vivre… cela participe à ce poser la question de ce qui est autobiographique et ce qui est purement fictionnel. Et c’est aussi ce qui rend l’auteur attachant : tant le personnage du roman que son écrivain. 

Un très bon moment de lecture donc, que je conseille à tous ceux qui aiment les polars bien ficelés ou le suspense et la déduction ont plus d’importance que la violence physique, même si la sauvagerie des hommes, en colère, est bien présente tout au long du roman, comme un voile rouge sur les vacances des enfants… 


« Les souvenirs sont assassins, David. Ils obscurcissent l’esprit, ils ralentissent le cœur et fanent les sourires… »

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