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A retardement

  • 7 mai 2025
  • 3 min de lecture

Franck Thilliez


« Le châtiment ne peut se concevoir sans libre-arbitre. »

Hiver 2023. Paris frissonne de froid, mais pas que. Sharko et son équipe enquête sur la disparition d’une femme dans le parc des Buttes Chaumont. Aucun indice, les investigations traînent en longueur. Alors lorsqu’un cadavre est retrouvé dans une maison du 93 et que la PJ de Paris est saisie, c’est lui qu’on envoie. La victime a été poignardée avec un tournevis, puis saupoudré et gavé de soude. Un meurtre d’une grande sauvagerie. 

Le même soir, l’UMD de l'hôpital psychiatrique de Chambly accueille un nouveau patient. Délirant, violent, sans repères et persuadé d’être rongé par des vers, le jeune homme n’a pas d’identité. Il est confié aux soins de la psychiatre Eléonore Hourdel. Qui s’avère être la fille de la victime du 93. 

Très vite, des liens se révèlent entre l’unité des malades difficiles de l’Oise et la scène de crime de la Seine-Saint-Denis. Des liens qui concernent la psychiatrie en général, la schizophrénie en particulier. Eléonore, directement impliquée, mène une enquête parallèle à l’équipe de Sharko mais se rend vite compte que quelque chose cloche et qu’elle aura besoin d’aide. Elle s’adresse donc au lieutenant Nicolas Bellanger, jeune papa brisé par la mort de sa compagne. Petit à petit, les maillages se forment, des meurtres sont commis et des coupables désignés. Et toujours la maladie mentale en toile de fond, avec des réminiscences de biologie et de vengeance, prenant leurs sources dans le passé, à l’Hôpital de Rennes. 

Les indices s’accumulent mais la folie envahit l’équipe et la psychiatre qui ne savent plus comment démêler le vrai du faux, qui est qui et comment appréhender le capitaine, chef d’orchestre de tout ce massacre. 


« Parfois, les nuits ne finissaient pas. Le temps s'étirait comme un élastique qui ne rompait jamais, creusant les intervalles entre les minutes à un point tel qu'ils se transformaient en trous sans fond. »

Sharko et son équipe m’avaient manqué, vraiment. Et comme j’avais été relativement déçue par le roman de l’an dernier, Norferville, et aussi un peu par celui d’avant,  j’attendais beaucoup du cru de cette année car je craignais qu’on soit dans une pente descendante qu’il serait difficile de remonter (d’autres y sont passés). Le moins que l’on puisse dire, c’est que j’ai été  gâtée par l’imaginaire machiavélique de l’auteur ! Après avoir questionné la fin de vie, l’acharnement thérapeutique et la fin de vie dans La Faille, le romancier s’attaque cette fois-ci à la responsabilité pénale et à la folie qui altère le discernement. Vaste programme, n’est-ce pas ? Déconstruisant en profondeur les idées reçues sur la schizophrénie et la conscience des malades, Thilliez nous plonge dans l’enfer de la psychiatrie et de la perte de libre-arbitre. Comme souvent, il amène sur le tapis de ses enquêtes un fond très parlant de sciences et de médecine, interrogeant du coup les avancées biologiques qui peuvent avoir des répercussions sur la santé mentale, quitte même à expliquer comment déclencher le vacillement de l’autre côté de la raison. 

Avec des personnages meurtris mais forts parce que soudés et confiants, en maniant sa plume sans délicatesse pour nous faire ressentir viscéralement les émotions des protagonistes et nous faire goûter aux peurs et aux dégoûts qui les envahissent, ce polar signe le grand retour d’un des maîtres du genre mais aussi du couple mythique qui l’accompagne depuis des années : Sharko et Hennebelle. J’ai particulièrement aimé retrouver la capacité à construire un labyrinthe au cœur de l’enquête, nous perdant entre les victimes, les coupables, les témoins et les lieux, tout en gardant un ancrage - celui de la maladie mentale - comme fil d’Ariane. A 40 pages de la fin (sur 450), on n’a toujours aucune idée du coupable et tous les soupçons qu’on a pu avoir se trouvent balayés par le vent des Côtes d’Armor… Bref, un bon Thilliez, qui se lit (trop) vite et ne nous laisse aucun répit, même la nuit…  


« La schizophrénie ne se manifestait pas que dans la tête des gens. C'était le monde entier qui devenait dingue et se scindait en deux. »

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