Les silences de Pietrasecca
- 21 juin 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 juin 2025
Alexandre Bertin
« L'Église fait de la femme un objet juste bon à procréer et à assurer la descendance de l'homme. (..) L'esclavagisme moderne! »
Lorena est activiste, féministe se battant pour le droit des femmes de disposer de leurs corps. En cette année 1976 en Italie, elle est happée par le procès d’une jeune femme ayant avorté 5 ans auparavant, lorsqu’elle reçoit un courrier l’invitant à aller régler les questions d’héritage de ses parents, décédés en 1969 dans un accident de la route.
L’infirmière a coupé les ponts avec ceux qu’elle considérait comme des traités, ayant découvert leur passé fasciste. Mais ce qu’elle va apprendre lors de ce rendez-vous va faire l’effet d’une bombe. Elle n’est pas la fille biologique de ces gens. Pire, elle était la nièce de celle qu’elle appelait maman, abandonnée par sa génitrice.
Elle décide d’abord de fuir cette réalité puis, encouragée par son meilleur ami, frère de cœur, elle se lance dans l’enquête sur ses origines, dans le village originel, à Castro Dei Volsci. Là, elle rencontrera plusieurs personnes ayant connu de près ou de loin sa grand-mère, héroïne de la résistance anti-fasciste mais aussi sa mère biologique. Elle remonte le fil de son histoire en même temps qu’elle écoute les secrets de l’Histoire, mettant à jour les secrets protégeant les habitants et leur honneur. Chaque découverte la déstabilise mais la renforce dans sa décision de retrouver sa mère, la vraie, celle qui pourrait la rendre fière de sa lignée et l’aider à se sentir appartenir à une famille…
« Je fuis les enterrements comme la peste. La mort arrivera bien assez vite, autant s'économiser d'assister aux répétitions! »
J’ai cyber-rencontré Alexandre Bertin et nos discussions passionnées autour d’un roman m’ont donné envie de découvrir sa plume. J’ai compris, à le lire, ce qui pouvait le gêner dans la contemplation qu’on avait pu savourer dans notre lecture commune.
Je me suis lancée dans « les silences de Pietrasecca », en binôme avec une copvleel et sans aucun autre élément que quelques échanges avec l’auteur.
Le ton est donné dès la première page : une jeune femme violée, pendant la seconde guerre mondiale. Dans le chapitre suivant, une manifestation pro-avortement, à Padoue, en Italie en 1973. On comprend de suite le lien, on se dit que… et puis non.
Et c’est ce qu’il va se passer tout au long des presque 300 pages de ce roman : on se dit que, et puis non. On se dit que l’intrigue va aller dans cette direction mais il y a une bifurcation, et puis une autre, et encore une autre. De fil en aiguille, l’auteur, à travers Lorena, remonte le temps et dévoile les éléments d’une histoire incongrue, où se mêlent les résistants, les militaires, les libérateurs, les traîtres, les femmes, les enfants. À travers cette enquête sur la filiation, c’est les non-dits qui sont dénoncés, les secrets qui, sur le moment, doivent être tenus mais qui, une fois révélés, peuvent s’avérer de véritable bombes.
Des personnages pour la plupart attachants, dans un lieu et une époque qui le sont encore plus (j’ai définitivement un truc avec l’Italie). Quelques ficelles qui, bien qu’efficaces, m’ont tout de même parues un peu grosses, mais qui donnent du charme à ce premier roman plein de rebondissements.
Impossible à lâcher, il est révélateur de ce que pourra donner le travail d’Alexandre plus tard, qualitatif et encore plus haletant !
« Certains détails apparaissent sous l'effet révélateur de la déflagration entraînée par la découverte de ses origines. »
Commentaires