Les ombres de Bombay
- 25 avr. 2025
- 3 min de lecture
Abir Mukherjee
« Le recul, c’est bien beau, mais inutile. Ce qui importe c’est le Kismet, la volonté des dieux. »
Calcutta, années 20. Dans l’empire colonial Britannique, l’Inde se démarque. Gandhi a été emprisonné pour ses discours, la haine entre hindous et musulmans est à son paroxysme, des élections sont sur le point d’avoir lieu dans un climat de haine et de violence.
C’est dans ce contexte tendu que le chef de la police demande au sergent Banerjee de prendre en filature un célèbre homme de lettres Hindou. Il aura suffit d’un moment d’inattention pour que le poète soit tué et que le policier soit accusé de l’avoir assassiné. Seul son supérieur pourrait témoigner de la mission. Mais ce dernier est lui aussi la cible d’une attaque qui le laisse dans le coma. Ainsi, Banerjee n’a aucun moyen d’être innocenté.
Mais c’est sans compter sur son ami et coéquipier de la police impériale, le capitaine Sam Wyndham. Convaincu que son partenaire a été piégé, il va tout faire pour le retrouver et découvrir la vérité sur ce qu’il s’est réellement passé. Tous deux vont peu à peu remonter le fil du complot, où s'entrecroisent l’armée coloniale, les chefs de file Hindou et Musulmans, les services secrets et même des femmes de la haute société, sans lesquelles rien ne serait possible.
Quittant Calcutta pour Bombay, les deux inspecteurs, démis de leurs fonctions, vont faire en sorte de prouver l’innocence de Banerjee, de découvrir les véritables coupables et de faire en sorte que le pays ne sombre pas dans la haine religieuse et les émeutes politiques. Tout un programme !
« Les gens font toujours en sorte de distordre les faits pour servir leurs intérêts. »
Je ne savais absolument pas dans quoi je m’embarquais lorsque j’ai entamé ce roman policier écossais. Un indice tout de même, dans le titre, me laissait entrevoir que j’allais voyager, et c’est sans doute ce qui m’a le plus plu dans ce roman : l’immersion dans l’Inde des années 20, sous le joug des britanniques et le feu des combats identitaires.
Ce pays aux visages et aux identités multiples nourrit bien des fantasmes et l’auteur nous le livre avec autant de simplicité que de clés pour mieux le comprendre. Ici, on ne parle pas de castes, même si elles sont sous-jacentes, mais bien d’identités et de religions. On découvre les codes qui régissent la société, non seulement entre colons et locaux mais également au sein des différentes ethnies.
C’est difficile à expliquer sans divulguer des éléments qui pourraient gâcher l’intrigue extrêmement bien ficelée et très riche de rebondissements et d’enseignements. L’auteur maîtrise parfaitement son sujet et cela se sent. Il nous emmène avec lui dans un autre lieu et un autre temps, nous dévoile une partie des manigances qui ont permis aux Anglais de maintenir les indiens sous leur coupe et tout cela sans que ce soit lourd. C’est au contraire très fluide, plein d’humour et ça tient en haleine. Difficile de se repérer, au début, dans les noms et le lexique, mais on s’y fait vite, on s’y sent bien, et on vit au rythme des aventures et des avancées de Sam et Satyenda, qui avancent tels Sherlock Holmes et John Watson.
« il y a pléthore d’honnêtes hommes et femmes amers et brisés (...) par l'absurdité de la situation : prétendre que nous sommes ici pour améliorer ce pays quand tout ce que nous faisons, c’est le vider de sa substance. »
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