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Prisons

  • 10 mai 2025
  • 3 min de lecture

Ludovic Hermann Wanda 


« La folie vient de prendre une nouvelle âme sous son aile. »

Frédéric est sur le chemin du retour. Il a fait un aller-retour du Pays-Bas pour récupérer une grosse livraison de drogue. Le jeune étudiant de 23 ans a été attiré par l’argent facile et, malgré l’obtention de son Bac S et son cursus à la Sorbonne, il a opté pour la facilité de la ghettoïsation. Mais la douane est là, Gare de Nord, et Fred est interpellé, jugé et condamné. 

Direction Fleury-Mérogis, la plus grande prison d’Europe. Comme il est récidiviste, il est écroué dans le bâtiment D3. Il partage sa cellule avec Richard, un juif tombé lui aussi pour drogue. Tous les deux vont faire un pacte : faire de cette période d’incarcération une renaissance. En saisissant la chance qui leur est donnée de s’instruire et de se reprendre en main, chacun va trouver en l’autre et dans leurs échanges la force de ne pas céder à la tentation de la violence et de la rechute. Se nourrissant de leurs lectures, ils vont engranger connaissances, réflexions et sagesse avec Lamartine, Chateaubriand et Hugo, s’attirant la sympathie des gardiens d’abord sceptiques puis franchement amicaux.

Frédéric a fait un pacte avec Dieu,  la promesse de ne plus jamais avoir recours à la violence, verbale et physique. Il aura de nombreuses tentations, le diable n‘étant jamais loin pour lui rappeler à quel point les coups peuvent être plus forts que les mots. Mais la foi du jeune garçon est plus puissante encore, et les signes de la présence de dieu à ses côtés le maintiennent du bon côté, encourageant du coup ses codétenus à réfléchir à leur condition et à ce qu’ils pourraient mettre en place pour sortir grandis de Fleury. Car la véritable prison n’est pas celle que l’on croit : la vraie prison, c’est l’identité dans laquelle la jeunesse s’enferme d’elle-même. Parce que la liberté n’est pas celle du corps, c’est celle de l’esprit. Et la pire violence est d’abord celle que l’on s’impose à soi-même en se cachant derrière la victimisation. 


« le récit de l’échec de la vie trouve souvent sa première lettre, sa première ligne, son premier chapitre, dans l’échec scolaire.» 

Ce premier roman lu dans le cadre d’une Lecture Commune “maison d’édition indépendante”, initiée par la fine équipe de Vleel, a été une réelle découverte, parce que les éditions de l’Antilope ont un parti pris très net dans le paysage littéraire, se spécialisant dans les romans juifs. Mais la surprise est multiple. Le pluriel du titre Prisons ne renvoie pas tant à Fleury qu’à l’enfermement dans lequel se trouve (et se complait?) une partie de notre jeunesse. L’influence du ghetto dans les habitudes de vies, de langage, d’occupation, éloignant les enfants des valeurs de la République, de la foi (qu’elle soit en dieu ou en soi) et de la connaissance, elles sont là les véritables prisons. Méconnaissant leur passé, le passé du pays dans lequel ils vivent, mais également l’Histoire, la philosophie et le respect, on a vite fait d’être l'esclave non pas de la société mais du diable, si tant est qu’on y croit. Et si on n’y croit pas, alors on voit dans cet esprit malveillant la personnalisation de l’environnement malsain, de l’ignorance des codes et des moyens mis à notre disposition pour accéder au bonheur qui nous est accessible à tous.

« Impossible d’être heureux loin des livres. »

Frédéric vit sa période d’incarcération comme la plus belle période de sa vie, car elle est celle de sa renaissance. Au même  titre que l’auteur qui admet qu’il est né deux fois : une première fois en 1981 à l’hôpital, et une seconde fois en 2003 en prison. Largement autobiographique, ce premier roman montre qu’il n’y a pas de fatalité si on décide de saisir le positif et de résister à la tentation de la facilité : l’argent facile, la vie facile, les vêtements et les idées faciles. Plus qu’un récit, qu’une histoire, Wanda nous propose là une réelle réflexion sur les préjugés, les raccourcis, mais aussi sur la foi, les conflits religieux auxquels les jeunes adhèrent sans même en comprendre les tenants et les aboutissants. Un roman fort qui mérite d’être lu et promu tant il est porteur d’espoir. 


« Les habits, ce sont les mots que tu mets sur ton corps, et quand tu t’habilles en survet’ baskets, c’est comme si ton corps disait “j'm’en bats les couilles d’vos mères”. Les mots, c’est pareil. Ils sont les habits de ton esprit. » 

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